En finir avec Eddy Bellegueule, d’Edouard Louis

Depuis sa sortie, j’avais très très envie de lire En finir avec Eddy Bellegueule. Je n’en avais entendu que des critiques positives, et tout le monde semblait impressionné par le récit de ce jeune écrivain de 21 ans, Édouard Louis. J’ai donc profité d’un petit passage à la 801029médiathèque (encore et toujours) pour l’emprunter… et waouh, quelle claque !

L’histoire
« Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d’entendre ma mère dire Qu’est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J’étais déjà loin, je n’appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j’ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l’odeur de colza, très forte à ce moment de l’année. Toute la nuit fut consacrée à l’élaboration de ma nouvelle vie loin d’ici. »

En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Très vite j’ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

Ce que j’en ai pensé
Après plusieurs lectures jeunesse, plus ou moins bonnes d’ailleurs, j’avais envie de me plonger dans un récit contemporain, dur. Le choix de ma lecture s’est donc tout naturellement porté sur ce livre, très prometteur.

Dès les premières pages, j’ai été totalement plongée dans le monde difficile du petit Eddy Bellegueule (et oui, c’est son vrai nom !), élevé dans le Nord de la France (dans la Somme, je précise, en pleine campagne, pas dans le département du Nord – d’où je viens donc ça me tient à cœur de le préciser) dans une famille recomposée. Le père est ouvrier, la mère femme au foyer avec 5 enfants à charge, la vie est donc difficile pour le petit Eddy. Ses manière « efféminées » et sa voix aiguë en font un paria, dans un microcosme (son village) où il et de bon ton qu’un petit garçon soit une brute, aime le football et sorte avec des tonnes de filles. Le petit Eddy n’avoue pas son homosexualité, pire il la renie, sa culture l’empêchant de l’affronter. Il ne souhaite qu’une chose : fuir ce monde qui le rejette.

Vous l’aurez compris, au fil de ses 224 pages, Edouard Louis nous raconte son quotidien de petit garçon puis d’adolescent. Presque tout y passe : la pression familiale, le harcèlement scolaire, les difficultés d’intégration, les premiers émois et expériences érotiques, ses tentatives pour devenir un « bonhomme », etc. Même si ce livre est un roman, on se doute que la majorité des faits relatés sont réels.

Cette histoire est glaçante. Glaçante car elle nous dépeint une culture totalement arriérée, où les homosexuels sont rejetés, où les hommes ne sont des hommes que s’ils se battent, picolent et regardent le football à la télé, où le femmes ne doivent pas travailler – ou si c’est le cas ne doivent pas gagner plus que leur mari, quitte à mettre toute la famille en grande difficulté. La culture d’un monde où l’école ne signifie rien, où l’apprentissage de l’amour se fait grâce aux films porno, où le harcèlement scolaire est courant voire accepté par tous. Et tout ça fait mal, parce qu’on sait que malheureusement ça existe encore. Je n’avais aucun mal à imaginer le monde dans lequel a grandi le petit Eddy, malheureusement…

J’ai beaucoup apprécié la plume d’Édouard Louis, la façon dont il manie les mots. Son ton est très froid et très dégagé de son récit, ce qui peut déranger quelques uns : au contraire, j’ai trouvé ce style parfaitement adapté à ce qu’il racontait. Oui, il l’a vécu, mais il est passé à autre chose, tout cela est derrière lui.

Ce roman a été lu en une journée, je ne pouvais pas décoller du livre, j’étais totalement imprégnée de l’ambiance de l’histoire, et totalement engagée en faveur de la fuite du jeune Eddy.

Je vous recommande chaudement ce roman, dur et poignant, mais qui est un hymne à la différence et à l’affirmation de soi.

20/20

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6 réflexions sur “En finir avec Eddy Bellegueule, d’Edouard Louis

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