Vivre ensemble, d’Emilie Frèche

S’il y a bien un roman que je souhaitais absolument lire pour cette rentrée littéraire, c’était le nouveau bébé d’Emilie Frèche, auteure que j’ai découvert en 2015 et que je suis avec attention depuis. Quand j’ai vu qu’il était proposé sur NetGalley, le clic sur solliciter a été automatique !

L’histoire

« La première fois qu’ils se sont vus tous les quatre, le fils de Pierre n’a pas supporté un mot du fils de Déborah, ou peut-être était-ce juste un rire, et, pris d’une rage folle, il s’est mis à hurler qu’il les détestait, que de toute façon elle ne serait jamais à son goût et Léo jamais son frère, puis il a attrapé un couteau de boucher aimanté à la crédence derrière lui et, le brandissant à leur visage, il a menacé de les tuer – cela faisait une heure à peine qu’il les connaissait. » Tout le monde ne parle que du vivre-ensemble mais, au fond, qui sait vraiment de quoi il retourne, sinon les familles recomposées ? Vivre ensemble, c’est se disputer un territoire.

Mon avis

Dévoré en une journée, j’ai passé un très bon moment avec Vivre ensemble. Pas très bon dans le sens où j’ai pris plaisir à le lire dans le sens où l’histoire m’a plu, mais dans le sens où mon intérêt a été aiguisé par un traitement d’une thématique bien mené. Un roman très personnel de l’auteure, qui englobe une multitude de thématiques autour du « Vivre ensemble » qui fait tant parler depuis les attentats de 2015. Car le « Vivre ensemble », concrètement, qu’implique-t-il ?

C’est une réponse délicate à cette vaste question qu’Emilie Frèche va nous proposer, à travers la famille recomposée qu’elle met en scène. Une famille composée de personnes bien différentes les unes des autres, issues de milieux/cultures/religions/éducations différents, qui vont apprendre à se connaitre en vivant ensemble, donnant lieu à des situations compliquées… Car partager un appartement, c’est aussi devoir partager les joies et les problèmes des autres, leurs habitudes de vie et leurs valeurs, leurs faiblesses et leurs échecs, leurs croyances et leurs opinions, et surtout leur passé et les gens qui en font partie. Et c’est encore plus délicat d’aborder ce « vivre ensemble » quand on imagine cet appartement au centre d’un univers plus large (à l’échelle d’un pays, ou d’une société multiculturelle)…

Dans ce roman, Emilie Frèche n’aborde les situations pratiquement que sous le point de vue des parents… Et ce point de vue uniquement parental m’a gêné. J’ai trouvé dommage de ne découvrir Salomon qu’à travers le regard de Déborah, et de me sentir influencée par son point de vue sur cet enfant et sur les conséquences sur sa vie. J’étais même mal à l’aise à certains moments tant son manque d’empathie envers lui était troublant, et en même temps je comprenais son désarroi et sa colère. A travers cela, on ressent clairement la difficulté du rôle du rôle de « parent qui ne l’est pas vraiment, mais doit quand même l’assumer ». Certaines réactions et pensées sont glaçantes, et se retrouver confronté à cela en tant que lecteur est malaisant…

Ce livre ne peut pas laisser indifférent, car comment ne pas s’identifier à cette famille du XIXème siècle ? Chacun est soit issu, soit fréquente une famille recomposée, où, comme dans n’importe quelle famille, tout n’est pas rose. Et se retrouver face à face avec ce que cela peut impliquer comme effort au quotidien, et comme conséquences, est difficile. Car ce roman n’épargne pas ses personnages, et ne fait la part belle à aucun d’entre eux. C’est pourquoi j’ai parfois ressenti une certaine distance avec eux, leur face sombre étant exacerbée par rapport à leur côté agréable.

Petit aparté : j’ai lu récemment quelques articles sur la polémique autour de la sortie de ce roman, comme quoi l’auteure se serait inspirée de sa vie personnelle pour le rédiger. Après avoir lu le roman, il est savoureux de constater que la polémique est médiatisée par le, soit-disant, personnage de MdeS (ceux qui ont lu/liront le roman sauront…). Après, pour ce qui est de la rédaction de ce roman par rapport au personnage de Salomon, de sa véracité, etc. cela appartient à l’auteure et à son entourage.

Vivre ensemble est un roman percutant qui m’aura à la fois glacé le sang et fait réfléchir sur le sens de la famille. Et même si j’ai parfois eu du mal à accepter ce qui y était écrit, et n’ai pu m’empêcher de ressentir une grande distance avec les personnages et leurs émotions, je ne peux nier avoir passé un moment intéressant en sa compagnie.

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Ayant du mal à parler de ce roman dans les termes qui me conviennent le mieux, je vous renvoie vers la chronique de Douceur de lire, qui a bien mieux posé les mots que moi :

https://douceurdelireblog.wordpress.com/2018/08/22/vivre-ensemble/

5 réflexions sur “Vivre ensemble, d’Emilie Frèche

  1. Je suis assez intriguée par ce roman… J’avais lu « Je vous sauverais tous » d’Emilie Frèche l’année dernière, un roman jeunesse glaçant également. Du coup, j’avais envie de me tourner vers celui-ci et ta chronique me rend vraiment curieuse.

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