Fille, de Camille Laurens

Fille est un roman que je souhaite lire depuis sa sortie il y a un an. J’en avais entendu énormément de bien, et son résumé ne pouvait que me tenter. J’ai donc profité d’un petit passage en médiathèque pour l’emprunter !

L’histoire

Laurence Barraqué est née en 1959 dans une famille de la petite bourgeoisie de Rouen. Son père est médecin et sa mère femme au foyer. Très tôt elle comprend, à travers le langage et l’éducation de ses parents, que la position des filles est inférieure à celles des garçons. Cette expérience se prolonge à l’école, au cours de danse, à la bibliothèque municipale, partout où le langage impose la position dominante du genre masculin : « Garce. Le mot revient et la hante. C’est une injure. Mais n’est-ce pas d’abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais. Garçon, c’est un constat. Garce, c’est un jugement. Le mot, en changeant de genre, devient mauvais. Mais il a des pouvoirs. » 

Mon avis

J’ai adoré ce roman ! C’est un roman particulier, qui ne pourra pas plaire à tout le monde, mais pour ma part, je l’ai trouvé d’une puissance inouïe. Ce livre m’a beaucoup parlé, et je ne cesserai de le recommander à mon entourage !

Pourtant, ma lecture n’avait pas très bien commencé… Camille Laurens, c’est une plume particulière. Je ne sais pas si elle l’adapte à chaque roman, mais pour celui-ci, il faut admettre qu’elle peut refouler. Pas de dialogues, que des phrases concises. Mais aussi une plume très recherchée, un vocabulaire riche et bien utilisé, un sens donné à chaque phrase qui ne laisse pas indifférent. J’ai eu du mal sur environ 20% du livre, et petit à petit, j’ai compris le sens de cette narration, qui sert clairement le propos très personnel et engagé du roman. Et je me suis laissée embarquer au fil des pages, au fil des anniversaires de Laurence, personnage principal du roman.

Et Laurence, c’est le symbole de la société patriarcale et de son empreinte sur les filles et les femmes, encore aujourd’hui. Déjà avant sa naissance, Laurence est définie uniquement par son genre, fille. C’est celle qui grandit à travers le regard de déception de ses parents, qui voulaient un garçon, un fils. Parce qu’une fille, c’est forcément moins intelligent, moins intéressant. Si elle est moche on la déconsidère, si elle est belle on l’insulte. Et Laurence grandit dans cette image d’elle, de son propre sexe, et de tous les secrets, les non-dits, les acceptations, les insultes, les menaces, les dangers qu’il implique. Une image qu’elle gardera jusqu’à l’âge adulte, jusqu’à devenir à son tour mère…

J’ai beau avoir lu pas mal de romans féministes, Fille m’a profondément bouleversé. Camille Laurens va au plus profond de ce que signifie naître fille, de sa conception (même pas sa naissance) jusqu’à sa mort. Suivre la vie de Laurence, qui n’a rien de plus ou moins extraordinaire que la vie d’une autre, m’a bouleversé. C’est une chronique de la vie ordinaire, et en même temps c’est une plongée fabuleuse en plein coeur d’une société qui se bouleverse, doucement mais sûrement. Lire Fille, c’est redonner la parole à une génération qui, on l’espère, est la dernière à subir la normalité d’un patriarcat dans tout ce qu’il a de plus mesquin, sans même s’en rendre compte. Lire Fille, c’est avoir espoir en demain.

Vous l’aurez compris, Fille est un roman que j’ai adoré, de par la particularité de sa plume, et par son propos si puissant. Foncez !

Une réflexion sur “Fille, de Camille Laurens

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