Quand pique ton cœur, de Sarah Crossan

Il y a quelques années, j’avais énormément aimé l’un des romans adolescents de Sarah Crossan, Inséparables (cliquez ici pour lire mon avis). Quand j’ai vu ce nouveau roman de sa plume, mais bien plus orienté adulte, j’ai foncé !

L’histoire

Ana Kelly est habituée à la mort. En tant qu’avocate spécialisée dans le droit de succession, elle est souvent contactée par les proches de ses clients pour l’informer du décès de l’un d’eux. Mais rien n’avait préparé Ana à l’appel de Rebecca Taylor qui lui annonce la mort de son mari Connor dans un accident. Cela fait trois ans qu’Ana et Connor avaient une liaison – se retrouvant dans des chambres d’hôtel, partant pour des week-ends en amoureux à la campagne et effaçant hâtivement des sms à peine envoyés.
Ils cachaient bien leur amour, et personne n’était au courant. Seule et désemparée, Ana recherche l’amitié de celle qu’elle considérait jusqu’alors comme sa rivale, mais qui, maintenant, est la seule à comprendre sa douleur : Rebecca. Tandis qu’Ana se rapproche de la veuve de son amant, elle est obligée de reconnaître de douloureuses vérités sur leur liaison – et sur la volatilité de l’amour et du désir.

Mon avis

J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, qui est extrêmement dramatique mais dont la beauté de l’écriture en vers libres (bravo à Pierre Demarty pour la traduction !) a su me conquérir !

Qu’on se le dise, ce moment est loin du feel-good. C’est un roman dur, sombre, qui nous parle de deuil, d’adultère et de mensonge. Il n’est pas seulement sombre, il est glauque. Suivre Ana, qui sombre petit à petit dans la folie suite à la mort brutale de son amant, fut une expérience particulière, d’autant plus avec le procédé d’écriture en vers libres utilisé par l’autrice. Suivre Ana était comme vivre en immersion dans une nébuleuse; j’étais partagée entre mon empathie pour son chagrin, et mon rejet de ses réactions à fleur de peau et ses mensonges envers ses proches. Ana fait partie de ces héroïnes qui ne peuvent pas laisser indifférent, elle inspire forcément des émotions au lecteur, et le fait qu’elle ne soit pas « parfaite », bien au contraire, m’a beaucoup plu.

Ce roman traite de deux thématiques qui, rien qu’à elles, ne peuvent que déclencher des émotions ou réactions épidermiques chez le lecteur : le deuil, et l’adultère. Elles sont déjà émouvantes l’une sans l’autre, mais couplée elles détonnent deux fois plus. Je n’avais jamais rencontré ces deux thèmes ensemble dans un roman, et j’ai apprécié ce que l’autrice en a fait. A travers le seul personnage d’Ana, à la fois maitresse, épouse adultère, mère, et amoureuse, le prisme est très fort. A travers elle, on revit sa rencontre, la naissance de l’adultère, le choc de la mort, et ce besoin de retrouver l’être aimé à travers l’autre femme. Comment surmonter le deuil d’une relation amoureuse et passionnée quand on ne peut pas l’assumer, la raconter au monde ? Ana est un personnage tout en chagrin, en fêlures, brisé, qu’on a à la fois envie de prendre dans ses bras et de secouer en lui disant de retrouver la raison.

La force du roman est non seulement dans la puissance de ses thèmes, mais aussi dans son écriture en vers libres, qui lui donne un côté un peu plus léger mais très profond. J’avoue que j’ai parfois été un peu perdue dans les différents paragraphes du livre, Sarah Crossan passant du présent au passé sans prévenir et sans que cela soit indiqué dans le livre, donc je me demandais parfois ce que je lisais avant de comprendre que j’étais dans le passé. Mais elle a un talent inouï pour nous emporter dans ses récit dès les premières strophes; j’ai dévoré ce roman, pourtant très difficile, en une journée tellement j’étais emportée dans le tourbillon des vers qui marquent si bien le tourment de l’héroïne.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié ce roman que j’ai trouvé émouvant, intelligent, et follement audacieux dans son écriture. Je comprends les lecteurs qui n’ont pas aimé, car ce livre n’est pas un plaisir de lecture; il est dur, glauque, sombre. Mais j’ai apprécié le lire, et découvrir cette histoire qui ne m’a pas laissé indifférente.

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